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Quand je repartais de Catalogne à la fin du mois d’août,
je prenais un bocal et je mettais dedans de l’eau de mer
et du sable.
Je le posais dans ma chambre, et ça devait durer une année.
Je regardais le bocal, parfois je l’ouvrais, je mettais le doigt
dans l’eau.
Je pouvais encore toucher la mer. Ma mer.
Douze mois.
Et puis, en 1977 je suis revenue avec un disque aussi dans
mes valises et un garçon dans mon cœur.
Je ne connaissais qu’une chanson « que tinguis sort »,
je ne comprenais pas les paroles, mais c’est cet été-là que
j’ai appris à dire « t’estimo ».
Ce disque c’était « i si canto trist ».
Voilà, j’avais mon bocal d’eau de mer et mon disque.
Ça m’a aidé à tenir pendant douze mois encore.
En chantant des chansons, en ressentant cette émotion
troublante au son de cette voix.
Sans savoir, sans me douter que la  voix de Lluís allait
m’accompagner pendant trente ans encore et au-delà.
L’année suivante, j’ai eu quinze ans. J’ai appris d’autres
chansons, tout en dansant la sardane et en buvant des
cafés cremat brûlants.
J’ai appris aussi des belles chansons d’amour de Serrat.
Et puis j’ai compris qu’il n’y avait pas que les chansons
d’amour. Il y avait aussi d’autres messages, d’autres mots.
De l’espoir, une envie de liberté, de justice et d’humanité,
la révolte, tout ce qu’on attend et qu’on espère quand
on a quinze ans.
1981, je suis à Barcelone avec un drapeau catalan que
j’agite au dessus de ma tête et je chante l’Estaca avec
mes amis Joan-Carles, Sergi, Carme….
J’achète alors mes disques à la FNAC. Je suis toute fière
quand je passe à la caisse avec mon disque que personne
ne connait.
Et puis un jour le miracle à lieu : une affiche dans le métro.
Lluís à Paris.
Chez moi, il vient me voir chez moi, comme un ami qui me
rend visite.
J’y vais seule. Mon premier concert.
Et bon, ce sera comme ça à chaque concert : je le vois,
je souris et je pleure en même temps.
Ensuite j’ai eu un walk man. Je pouvais passer la frontière
avec une chanson de Lluís dans les oreilles.
C’était toujours « Pais petit ». Les années passent.
Vergès 50, et son petit dessin du village, l’album
« T’estimo », Camp de Barça, Geographia… et puis un jour
le choc d’un Pont de Mar Blava.
Voilà, petit à petit, Lluís a pris la place de Moustaki, de Brel,
de Brassens, de Le Forestier que j’écoutais jusqu’alors et il
est devenu indispensable à mes oreilles et à mon cœur…
Parce qu’il est à chaque fois le même et à chaque fois
différent, parce que sa musique sait caresser mon âme,
adoucir mes peines, me redonner courage.
Parce qu’il a un vrai génie musical.

Katia

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